Il est l’une de ces figures dont le nom résonne encore dans les travées de l’hémicycle, mais dont le visage s’efface peu à peu de notre mémoire collective : Pierre Mendès France. Pourtant, l’homme incarne à lui seul une certaine idée de la rigueur et de la modernité politique. Plongeons dans le récit de ce destin hors norme.
Homme d’État emblématique de la IVe République, dont il fut le Président du Conseil, il naît à Paris le 11 janvier 1907. Brillant et précoce, il obtient son baccalauréat à seulement 15 ans et publie, dans la foulée, son premier article dans la revue L’Université de Paris.
Son engagement s’affirme dès 1924, année où les élections législatives marquent la victoire du Cartel des gauches. Mendès France adhère alors au Parti radical et rejoint la Ligue d’action républicaine et socialiste (LAURS). Cette organisation se donnait pour mission de contrer l’influence de l’extrême droite monarchiste et de l’Action française, alors portée par des figures telles que Charles Maurras ou Léon Daudet.
Son ascension est fulgurante : en 1926, il devient Secrétaire général de la section parisienne de la LAURS et, l’année suivante, il s’inscrit au barreau, devenant ainsi le plus jeune avocat de France.
Dès 1928, il s’emploie à rénover le Parti radical aux côtés d’autres personnalités prometteuses comme Pierre Cot ou Jean Zay. Ce dernier, futur fondateur du Festival de Cannes et aujourd’hui panthéonisé, fait partie de ce groupe bientôt surnommé les « Jeunes Turcs », en raison de leur volonté farouche de moderniser les structures du parti et la vie politique française. Pierre Cot, futur ministre du Front populaire, choisira d’ailleurs un certain Jean Moulin comme directeur de cabinet.
En 1929, Pierre Mendès France s’établit à Louviers, dans l’Eure, ville dont il sera le maire à deux reprises. Visionnaire, il y nomme des conseillères municipales dès 1936, devançant de huit ans l’obtention du droit de vote par les femmes en France.
Après avoir servi comme ministre de l’Économie au sein du Gouvernement provisoire du Général de Gaulle à la Libération, il s’éloigne du pouvoir national pour présider le Conseil général de l’Eure.
Des années plus tard, en 1962, fidèle à sa conception d’une démocratie parlementaire, il s’oppose fermement au référendum sur l’élection du Président de la République au suffrage universel direct.

Cette même année, il subit un échec électoral à Évreux, sans que son influence intellectuelle n’en soit entamée.
À partir de 1965, il lie son destin à celui de François Mitterrand, qu’il soutiendra jusqu’à son dernier souffle.
Au jour de l’investiture, en mai 1981, Pierre Mendès France ne peut cacher son émotion en voyant son compagnon de route accéder à l’Élysée. Le nouveau président lui confiera alors avec émotion : « Sans vous, rien n’aurait été possible ».
Pierre Mendès France s’éteint le 18 octobre 1982 à Paris, à sa table de travail.
En lui rendant hommage, François Mitterrand résuma le sentiment de la nation par ces mots : « La France vient de perdre l’un de ses plus grands fils ».

