J’ai réalisé une interview de Madame Sophie Herfort, reconnue en France pour son expertise sur Jack l’Éventreur.

Présentez-vous-en quelques mots ?
Je me présente : Sophie Herfort, historienne, conférencière, auteur-essayiste (City Editions, Tallandier, etc.), je voue une prédilection aux archives et à l’histoire en général. Je suis passionnées d’énigmes criminelles depuis ma plus tendre enfance et me consacre désormais pleinement à mes travaux d’écriture.
Comment avez-vous découvert l’affaire Jack l’Eventreur ?
C’est en 1988, lors de la diffusion télévisuelle de ce téléfilm en deux parties, signé David Wickes que j’ai découvert les dessous de l’affaire Jack l’Eventreur, par la suite approfondie par l’intermédiaire d’auteurs phares comme Charles Dickens ou Charles Booth, plus ancré pour ce dernier dans la démographie et la sociologie, inhérentes au paupérisme de la grande Londres, dite : « Workshop of the world » !
Pouvez-vous expliquer qu’est-ce que c’est un Ripperologue ?
C’est une personne spécialiste ou amateur éclairé des affaires relatives à l’étude de l’affaire Jack l’Eventreur, déclinant le fruit de ses recherches à travers de nombreux magazines spécialisés, des sites internet…En France, on surnomme ce genre de spécialistes : « éventrologues ». C’est assez sordide.
Comment devient-on Ripperologue ?
Je ne me considère pas comme une « ripperologue », il me sera difficile de répondre à cette question. Cette dénomination me fait d’ailleurs penser à un fan club d’afficionados addict à un phénomène de société un peu clanique, macabre, frôlant l’amateurisme et pétri de bon sentiment.
Quel est le suspect le plus probable d’après vous ? Pourquoi ?
Melville Macnaghten sans hésiter…Chasseur, tanneur, ayant nourri un fort dépit à l’égard du patron de police de l’époque Sir Charles Warren, responsable de son éviction de Scotland Yard ; c’est un épisode relaté par la gazette de police du 28 mars 1888. Autres éléments qui auraient permis de le confondre ? les initiales de mon suspect laissées à deux reprises en places et lieux des scènes de crimes (2ème et 5ème victimes) avec un morceau de l’adresse de celui-ci figurant sur l’enveloppe près de la tête d’Annie Chapman et les initiales en lettres de sang laissées sur les murs ensanglantés du 13 Miller’s Court (chambre de Mary Jane Kelly). Et puis, les correspondances adressées au cher Patron, abordant les motivations à l’égard des autorités de Scotland Yard désignant mon suspect. L’humiliation d’avoir été malmené par la patron de Scotland Yard…Sir Charles Warren, l’aurait poussé à assassiner ces prostituées pour le décrédibiliser comme l’auteur présumé le couche lui-même dans une de ses lettres, adressées au « Cher patron », en particulier celle du 7 novembre 1788, soit deux jours avant le dernier meurtre de la série !
Quel est le suspect selon vous le moins probable ? Pourquoi ?
Aaron Kosminski,.. Un juif barbier en tablier de cuir, ayant fui les pogroms tsaristes de Pologne, est un mythe répandu à l’époque qui à travers ce cliché du juif errant, véhicule en fait une caricature de suspect, plus qu’un candidat probant et puis l’affaire du châle de Russell Edwards n’est absolument pas fiable car non référencée dans les mémos de police, ni même dans les rapports d’expertise de l’époque.
Avez-vous pensé à un moment que Aaron Kosminski pouvait être Jack l’Eventreur ?
À aucun moment, je n’ai pensé ni même validé l’hypothèse selon laquelle Aaron Kosminski serait Jack l’Eventreur. Immigré polonais, barbier de son état, il n’existe à ce jour aucune preuve de sa présence effective sur les lieux des meurtres commis par Jack l’Eventreur. La thèse du châle avec des relevés ADN mitochondrial correspondants ne tiennent pas la route (40% de faillibilité) face à l’ADN nucléaire, en raison du fait que ce châle acheté aux enchères du Suffolk par Russell Edwards a été manipulé par un nombre excessif de personnes (descendants de Kosminski et Eddowes) et que son existence n’est nullement mentionnée dans les rapports de police de l’époque, aucune présence en lieu et place du 4ème meurtre (Catherine Eddowes). Le policier Amos Simpson qu’il mentionne et qui selon Edwards l’aurait soit – disant récupéré discrètement sur la scène de crime concernée, n’était ni en faction, ni même affecté à la célèbre division « H » concernée ce soir-là, dans la nuit du 30 septembre 1888. J’invalide à 100 % cette théorie, tout comme l’a fait le « pape » de la génétique Sir Allec Jeffreys qui a invalidé les recherches ADN de Louhelainen, sur cette affaire en raison de l’amateurisme des relevés pratiqués et des manipulations multiples de la pièce d’étoffe concernée.
Est-ce que Jack l’éventreur aurait tué d’autres victimes avant celles qu’on connait aujourd’hui ?
Il y à ce jour seulement cinq victimes canoniques, les autres victimes dénombrées et imputées à l’époque à la vague du « Démembreur de la Tamise » (1888-1889) opérait différemment selon un mode opératoire très distinct des marqueurs inhérents à la vague de crimes commise à Whitechapel par Jack l’Eventreur. Le torse de Pinchin street ou les restes retrouvés à Embankment ne collent pas avec les exactions du tueur de Whitechapel qui ne démembrait pas le corps de ses victimes mais prélevait des organes, après éventration et strangulation.
Est-ce que vous savez s’il y a des documents qui ont disparu concernant cette affaire durant les bombardements de Londres en 1940 ?
Il est fort possible que des documents majeurs aient disparu pendant le Blitz et les bombardements de 1940-1941 car bon nombre de dossiers de la Metropolitan Police manquent à l’appel (cote Mepo) curieusement…
Pensez-vous que les moyens scientifiques d’aujourd’hui permettront d’obtenir la vérité sur cette affaire ?
La science peut s’avérer friable quand les pièces à convictions sont manipulées à outrance. Je privilégie pour ma part la recherche archivistique aux avancées scientifiques concernant les preuves soulevées. Je garde en mémoire le scandale provoqué par ces toiles de Walter Sickert éventrées dans le cadre des investigations menées par la romancière Patricia Cornwell, à la recherche d’ADN mitochondrial.
Pensez-vous qu’on saura la vérité un jour ?
Oui, probablement et par recoupements judicieux, plus que par des relevés ADN peu fiables… « Patience est mère de vertu » comme dit le proverbe….
Le mot de la fin ?
« Le plus beau sentiment du monde, c’est le sens du mystère. Celui qui n’a jamais connu cette émotion, ses yeux sont fermés.» disait Albert Einstein, je suis assez d’accord avec cela. Selon moi, le plus grand mystère de cette affaire réside moins dans l’identité du suspect que dans ses motivations, certainement plus frappantes qu’un nom placardé sur une affaire un jour ou l’autre, appelée à être classée et qui d’ailleurs ne sera peut-être jamais résolue au fond…Il semble que cela entretienne le mystère, non ?
Je tenais à remercier Madame Sophie Herfort d’avoir eu la gentillesse de répondre à mes questions.
Vous pouvez retrouver son ouvrage dans les librairies ou sur internet :
« Jack l’éventreur démasqué : L’enquête définitive » :
https://www.tallandier.com/livre/jack-leventreur-demasque/
Vous pouvez aussi écouter Sophie Herfort qui parle de Jack l’éventreur dans les émissions « Au Coeur de l’histoire » présenté par Franck Ferrand :
https://www.youtube.com/watch?v=Bvt04Y7wTSg

