Albin Chalandon sous tous les angles : une biographie captivante par Pierre Manenti

Aujourd’hui, je suis très heureux car jeudi est sorti aux éditions Perrin la biographie  d’Albin Chalandon par Pierre Manenti. 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis historien et normalien, spécialiste de la Cinquième République et plus particulièrement du gaullisme. Par ailleurs, j’occupe actuellement des fonctions de directeur de cabinet adjoint de la ministre des Collectivités territoriales et de la Ruralité, après avoir passé plusieurs années à travailler à l’Assemblée nationale et au Sénat. 

Vous l’avez compris, je suis un véritable passionné de politique ! (Rires)

Comment avez-vous eu l’idée d’écrire cette biographie ?

Je travaille depuis de nombreuses années sur l’histoire et la mémoire du gaullisme, un sujet passionnant quand on voit la captation du général de Gaulle par l’ensemble du personnel politique. Droite comme gauche, qui ne s’en revendique pas aujourd’hui ? En novembre 2021, j’ai publié une Histoire du gaullisme social (aux éditions Perrin), afin d’étudier la généalogie de ce courant de pensée, du catholicisme social aux combats de René Capitant, Louis Vallon, Philippe Dechartre ou encore Philippe Séguin.

Au cours de mes recherches, le nom d’Albin Chalandon apparaissait à différents endroits : ici, on le mentionnait comme un membre important de l’Action ouvrière, un syndicat créé par le général de Gaulle en 1948 pour parler au monde ouvrier ; là, on évoquait son rôle comme trésorier puis secrétaire général du parti gaulliste en 1958-1959, un poste clé donc dans la construction du gaullisme politique ; là encore, comme ministre du général de Gaulle, de Georges Pompidou puis de Jacques Chirac, traversant ainsi plus de 30 ans de vie politique, etc. Il y avait quelque chose d’intriguant. Je voulais percer le mystère de ce personnage ! 

Qu’est-ce que qu’il a vous décidé à écrire cette biographie ?

A l’été 2020, Albin Chalandon a rendu son dernier souffle, à plus de cent ans. Il a eu une vie incroyable. Sa disparition a surtout marqué la fin d’une époque. Le dernier des chevaliers du gaullisme s’était éteint. Il appartenait en effet à un groupe d’homme qu’on appelait familièrement les « barons du gaullisme » et qui constituaient le premier cercle du général de Gaulle. Il en était le dernier des représentants après les disparitions de Jacques Baumel, Olivier Guichard, Pierre Lefranc ou encore Yves Guéna. C’était une sorte de gardien du temple.

Avec l’accord de son épouse, Catherine Nay, et de ses trois fils, Fabien, Emmanuel et Aurèle Chalandon, j’ai entrepris d’écrire son histoire. Je voulais raconter le résistant, le député, le ministre, l’écrivain, le grand patron… mais aussi l’homme ; en d’autres mots, parler d’Albin derrière Chalandon. 

Sa famille a accepté de m’ouvrir ses archives personnelles, un matériau fondamental pour l’historien. Parallèlement, plusieurs de ses amis, collaborateurs, collègues ont accepté de me recevoir, afin de détailler chaque étape de son parcours, souvent avec quelques anecdotes croustillantes. Ce n’était cependant pas toujours facile et cette enquête n’a pas été de tout repos. Il a fallu parfois faire preuve de patience car certaines choses étaient gardées secrètes.

Justement, qu’est-ce qui vous intéresse dans la carrière d’Albin Chalandon ?

 Albin Chalandon a été une grande figure du gaullisme : militant, trésorier, secrétaire général du parti, puis député, ministre à plusieurs reprises. C’était un personnage incontournable dans l’aventure politique de ce mouvement. En même temps, son parcours est constitué de creux et de vagues. Il s’agace des lenteurs du Parlement, des compromis politiques, des petites négociations. Il n’aimait pas la politique politicienne, tout comme le général de Gaulle d’ailleurs. C’était une sorte de libre penseur, qui ne mâchait pas ses mots et qui avait une vraie vision du pays.

Il alterne aussi les vies professionnelles, tantôt dans le public, tantôt dans le privé : il est inspecteur des Finances puis collaborateur de cabinet ministériel avant de partir dans la banque auprès de Marcel Dassault ; il devient député puis ministre du général de Gaulle, avant d’être nommé patron d’Elf Aquitaine, le pétrolier d’Etat, par Valéry Giscard d’Estaing ; il redevient député et ministre de Jacques Chirac, mais quitte tout pour se lancer dans le textile. Chaque expérience nourrit la suivante, mais c’était original pour l’époque ! 

Son parcours est aussi semé d’affaires et de scandales : celle des Chalandonnettes – des maisons individuelles construites à son initiative, dans lesquelles on a trouvé des malfaçons -, celle des avions renifleurs – une entourloupe par laquelle de faux ingénieurs avaient convaincu Elf Aquitaine de l’existence d’une machine à détecter le pétrole, etc. Avec le temps qui passe, il me paraissait important de rétablir la vérité, de distinguer le vrai du faux et de faire parler les grands témoins de l’époque.

Quels sont les trois mots pour qualifier Albin Chalandon ?

Brillant, séducteur, visionnaire !

Brillant, d’abord, parce que c’est un esprit bien fait. Il entre à l’inspection des Finances après la guerre, travaille dans l’aéronautique, puis la banque, produit des notes pour contribuer à la construction d’une doctrine politique du gaullisme puis prend carrément en main le parti, mettant tout en place pour en faire une « boîte à idées ». Il avait une sorte de « bougeotte intellectuelle ». Il foisonnait d’idées et écrivait presque tous les jours : des articles, des discours, des projets de réforme, mais aussi des poèmes parfois.

Séducteur, ensuite, parce qu’il avait épousé, dans les années 1950, la princesse Salomé Murat, l’une des plus belles femmes de Paris et l’héritière d’un nom prestigieux. Pourtant, il aimait plaire. Il ne manquait jamais une occasion de briller par son athlétisme ou son élégance, réputation dont il avait tiré le surnom de « Bel Albin ». Il a d’ailleurs vécu une longue histoire d’amour caché avec la journaliste Catherine Nay, qu’il a finalement épousé au soir de sa vie, en 2016.

Visionnaire, enfin, parce qu’il avait souvent un coup d’avance. C’est un talent qu’il tire certainement de son expérience de la guerre, pendant laquelle il a courageusement résisté à Paris et dans le Loiret. J’ai retrouvé des textes formidables dans lesquels il évoque la construction de l’Europe, la mise en place d’une monnaie commune, mais aussi la conquête de l’espace, la transformation numérique, les progrès génétiques, bien des années avant que ces révolutions n’aient lieu.

Le mot de la fin ?

Quand on parle d’Albin Chalandon, son nom évoque souvent quelque chose, une anecdote, une image, un souvenir, mais, pourtant, il est rare qu’on l’apprécie dans l’entièreté de son parcours. Avec cette biographie, je voulais non seulement lui rendre hommage mais aussi produire une sorte de kaléidoscope, le montrer sous tous les angles. J’espère que mes lecteurs prendront autant de plaisir à me lire que j’en ai pris à mener cette enquête historique ! 

Je tenais à remercier Monsieur Pierre Manenti d’avoir eu la gentillesse de répondre à mes questions.

Vous pouvez retrouver son ouvrage dans les librairies ou sur internet :

« Albin Chalandon, Le dernier baron du gaullisme », aux éditions Perrin

https://www.lisez.com/livre-grand-format/albin-chalandon/9782262095277


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