Souvent, lorsque nous évoquons la Seconde Guerre mondiale, nous pensons aux grandes figures militaires ou politiques qui ont marqué l’histoire : Charles de Gaulle ou Jean Moulin du côté français, Winston Churchill ou encore Alan Turing en Grande-Bretagne, rendu célèbre par ses travaux de cryptanalyse et par le film Imitation Game. Pourtant, au-delà de ces héros reconnus, de nombreuses personnalités connues de l’époque ont dû faire des choix très différents.
Dans cet article, nous nous intéresserons plus particulièrement au monde artistique. Car face à l’Occupation, deux voies principales s’offraient aux artistes : collaborer avec l’ennemi ou résister, parfois au prix de leur carrière, voire de leur vie.
Cette réflexion m’est venue après avoir regardé, il y a quelques années, l’émission L’Ombre d’un doute présentée par Franck Ferrand. Le but ici n’est pas de juger ces choix, mais d’essayer de mieux comprendre la complexité des décisions prises durant cette période sombre de notre histoire.
Les artistes qui ont résisté
Parmi les artistes qui ont choisi la Résistance, plusieurs figures méritent d’être évoquées.
Joseph Kessel, auteur mondialement reconnu pour Le Lion, La Passante du Sans-Souci ou encore Belle de jour, a marqué la Seconde Guerre mondiale par deux œuvres majeures. La première est “Le Chant des partisans”, écrit au Royaume-Uni avec son neveu Maurice Druon, sur une musique d’Anna Marly. Cette chanson devint l’hymne de la Résistance et fut interprétée par de grandes voix comme Yves Montand.

Kessel est aussi l’auteur de “L’Armée des ombres”, roman qui retrace la vie de la Résistance et rend hommage à ses compagnons de lutte. Ce récit inspira le cinéaste Jean-Pierre Melville, lui-même ancien résistant, qui en fit une adaptation cinématographique remarquable. Fait intéressant, Melville n’était pas son vrai nom : il choisit ce pseudonyme en hommage à l’écrivain américain Herman Melville, auteur de Moby Dick.

Autre figure marquante : Pierre Dac, maître de l’humour loufoque et créateur de la célèbre saga radiophonique Signé Furax.
Durant la guerre, après bien des péripéties, il rejoignit Londres et fit résonner sa verve sur les ondes de Radio Londres, où il ridiculisait la propagande ennemie.
Il s’opposa notamment à Philippe Henriot, secrétaire à la propagande du régime de Vichy, qui l’attaqua personnellement en l’appelant “le juif Dac”.
Avec une élégance mordante, Pierre Dac répondit par des répliques restées célèbres, dont on peut encore écouter des extraits aujourd’hui.

Les artistes qui ont collaboré
Mais certains artistes, au contraire, se rapprochèrent de l’occupant.
On cite souvent Coco Chanel, la célèbre créatrice de mode, accusée d’avoir entretenu une relation amoureuse avec un officier allemand. Dans la même veine, l’actrice Arletty vécut une liaison avec un officier de la Luftwaffe et justifia cette histoire par une phrase restée fameuse :
“Si mon cœur est français, mon cul est international.”

Plus ouvertement encore, l’écrivain Paul Morand s’engagea auprès du régime de Vichy. Entre 1942 et 1944, il occupa le poste d’ambassadeur en Roumanie. Antisémite notoire, il resta proche du régime collaborationniste.
Après la guerre, il s’exila en Suisse, où il retrouva Coco Chanel et travailla avec elle à un projet de mémoires. De cette collaboration naquit finalement l’ouvrage L’Allure de Chanel, publié après sa mort et qui rencontra un vif succès en librairie.
Morand nourrissait en outre une haine tenace envers le général de Gaulle, qui s’opposa à son entrée à l’Académie française. Malgré cela, il fut finalement élu en 1968 au fauteuil n°11, succédant à l’avocat Maurice Garçon.

Je pourrais également citer Lino Ventura, qui a déserté l’armée italienne pour rejoindre Paris ; Antoine de Saint-Exupéry, aviateur engagé dans la Résistance ; Jean Gabin, qui s’est enrôlé dans la Marine avant de rejoindre la 2e DB du général Leclerc ; ou encore Bernard Blier, qui parvint à s’échapper d’un camp allemand. Vous l’aurez deviné : la liste est longue…
