Dwight Eisenhower : De Général à Président – Le Regard de Hélène Harter

Je suis ravi de pouvoir interviewer Hélène Harter, spécialiste éminente de l’histoire contemporaine des États-Unis et du Canada, et Professeur des universités en histoire contemporaine.

Notre entretien portera spécifiquement sur Dwight Eisenhower qui fut un personnage à double casquette, à la fois chef de guerre et président des États-Unis de 1953 à 1961.

Comment avez-vous eu l’idée d’écrire cette biographie ?

L’idée de l’écriture de cette biographie s’inscrit dans un parcours de recherche. Je travaille sur l’étude des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale depuis maintenant 20 ans. J’ai tout d’abord commencé par analyser la manière dont l’arrière (plus exactement les villes) vivent la guerre, entre mobilisations culturelles et développement des usines qui travaillent pour l’effort de guerre. Cela m’a conduit à travailler sur Pearl Harbor (un livre publié chez Tallandier*). A travers mes lectures j’ai constaté l’absence de biographie en français consacrée à Eisenhower (le même constat est valable pour le général Marshall, son supérieur, le futur homme du plan Marshall). Cela m’a intéressé de relever le défi en associant le temps de la guerre puis de la présidence, dans la continuité de l’ouvrage que j’ai coécrit avec André Kaspi sur Les présidents américains**. 

Est-il un personnage connu en France ? 

Eisenhower est très connu des Français qui ont été ses contemporains mais est très peu connu des jeunes générations. Pour ses contemporains il est surtout l’homme du débarquement et de la libération de la France, un héros. La période où il a dirigé les forces militaires de l’OTAN au début des années le rend clivant notamment chez les nombreux communistes qui dénoncent l’impérialisme américain. Il en va de même pour ses années de présidence (1953-1961).

Quelle image a-t-il par nos voisins américains ?

Eisenhower demeure un homme très populaire plus de 50 ans après sa mort. Le musée qui lui est consacré dans la ville de son enfance, Abilene au Kansas, compte parmi les musées de président les plus fréquentés. Depuis 2020, il est d’ailleurs honoré dans la capitale, Washington, à travers un mémorial ; un destin qu’il partage avec Lincoln et Jefferson. C’est un monument spectaculaire que l’on doit au grand architecte Franck Gehry. 

Les Américains se souviennent surtout de sa contribution dans la Seconde Guerre mondiale et la victoire contre l’Allemagne nazie. D’ailleurs les statues érigées en son honneur aux Etats-Unis le représentent en militaire et pas en civil. 

Fut-il un grand président ou a-t-il été éclipsé par son successeur, JFK ?

Eisenhower est en effet éclipsé dans la mémoire collective par son successeur John Kennedy. Cela tient à l’allant de Kennedy, à sa jeunesse mais aussi au fait que pendant de nombreuses années les historiens qui ont écrit l’histoire des années Eisenhower ont été des partisans de Kennedy, des démocrates plus que des républicains. L’historiographie récente remet en question l’idée d’une présidence Eisenhower endormie face à une présidence Kennedy dynamique. C’est notamment le cas en matière de lutte pour les droits civiques, où Eisenhower a été actif contrairement aux idées reçues. Il a notamment utilisé son pouvoir de nomination des juges fédéraux pour pousser la cause des droits civiques.  

Est-ce qu’il fut un grand homme comme militaire ? Peut-on le comparer au général de Gaulle ou à Winston Churchill ?

Eisenhower n’a jamais combattu mais c’est un formidable planificateur et organisateur à une époque où la logistique et les questions organisationnelles sont au cœur du fonctionnement des armées. Il fait partie du petit cercle qui à l’état-major de l’armée de Terre américaine pense le second front européen dès le début de l’année 1942. C’est aussi un diplomate qui fait vivre la coalition avec les Anglais malgré les tensions entre les officiers des deux pays. Il lui revient aussi de gérer les relations avec De Gaulle alors même que le président américain exclut ce dernier des décisions alliées en considérant que c’est un dictateur en puissance. Eisenhower va comprendre avec intelligence qu’il est l’homme de la situation et apprendre à travailler avec lui pour réaliser l’objectif commun : la libération de la France. Les deux hommes se croiseront à nouveau à la fin des années 1950 quand tous deux seront présidents de leur pays respectif. Leurs relations seront faites alors de respect mutuel même si chacun défend ses intérêts nationaux et que les sujets de désaccord en matière de relations internationales sont nombreux

Si vous aviez trois mots pour qualifier la vie et la carrière de Dwight D. Eisenhower ?

  • Un militaire
  • Un serviteur de l’Etat
  • Un internationaliste

Quel serait votre mot de la fin ?

Je tenais à remercier Madame Hélène Harter qui a eu la gentillesse de répondre à mes questions.

Pour en savoir plus sur Dwight Eisenhower, vous pouvez lire la biographie que lui a consacré mon invité « Eisenhower : le chef de guerre devenu président » sorti aux éditions Tallandier : https://www.tallandier.com/livre/eisenhower

* https://www.tallandier.com/livre/pearl-harbor-2/

** https://www.tallandier.com/livre/les-presidents-americains-2/