Il y a cent dix ans naissait l’une des plus grandes voix de la musique américaine. Une voix unique, reconnaissable entre toutes, celle qui fit vibrer des générations avec des titres devenus immortels comme My Way ou It Was a Very Good Year. Frank Sinatra, crooner au charme magnétique, incarna le rêve américain avec élégance, mélancolie et assurance. Un siècle plus tard, son empreinte sur la musique, le cinéma et la culture populaire demeure intacte.
Frank Sinatra voit le jour à Hoboken, dans le New Jersey, de parents italiens. La ville se trouve juste en face de New York, que le jeune Frank rêve déjà de rejoindre. Fils unique, il quitte l’école très tôt, un choix qu’il regrettera souvent. Grand lecteur, il conseillera plus tard aux jeunes de ne jamais abandonner leurs études.
Derrière l’image du chanteur élégant, se cache aussi un homme engagé. Ami proche de Sammy Davis Jr., Sinatra milite dès les années 1950 pour les droits civiques des Afro-Américains. Ensemble avec Davis et Dean Martin, ils forment le mythique Rat Pack, un groupe d’artistes symbole du glamour de Las Vegas et de la culture du spectacle d’après-guerre.
Ce que l’on ignore souvent, c’est que Frank Sinatra mena également une brillante carrière au cinéma. Il tourna dans de nombreux films, dont certains aux côtés d’une autre légende : Gene Kelly, célèbre pour sa danse et ses claquettes. Ensemble, ils partagent l’affiche de classiques tels que Un jour à New York (On the Town, 1949) ou Escales à Hollywood (Anchors Aweigh, 1945), où Sinatra révéla aussi ses talents d’acteur.

Côté cœur, Sinatra collectionne les passions et les mariages. Parmi ses grandes histoires : Ava Gardner, considérée comme l’amour de sa vie, et Mia Farrow, qu’il épousera plus tard. Sa vie sentimentale, souvent sous le feu des projecteurs, fascine autant que sa voix.
Mais Sinatra, c’est aussi un homme entouré de mystère. Sa proximité avec certaines figures du crime organisé alimente les rumeurs. On lui prête notamment une liaison avec Judith Campbell, également maîtresse du mafieux Sam Giancana… et du président John F. Kennedy. Longtemps proche du clan Kennedy, Sinatra voit pourtant cette amitié s’effondrer lorsque Robert Kennedy lui demande de couper les ponts, inquiet des liens supposés du chanteur avec la mafia.
La rupture fut brutale : lorsque JFK, qu’il attendait chez lui, préfère séjourner chez Bing Crosby, Sinatra entre dans une colère noire et fait détruire l’héliport qu’il avait fait construire spécialement pour l’occasion. L’épisode, célèbre dans les anecdotes hollywoodiennes, marque la fin d’une époque.
Plus tard, le crooner nouera une véritable amitié avec Ronald Reagan, futur président des États-Unis.
Un siècle après sa naissance, Frank Sinatra demeure une légende. Sa voix, à la fois puissante et mélancolique, continue de traverser le temps. De Hoboken aux scènes de Las Vegas, et jusque sur les plateaux de cinéma, il reste le symbole d’un certain rêve américain : celui du talent, du style et de la résilience.
Et pour prolonger le voyage, on pourra se plonger dans la biographie que lui a consacrée Georges Ayache, Frank Sinatra, la voix de l’Amérique (Éditions Perrin). On y découvre un portrait fouillé et passionné du crooner. Et pourquoi ne pas accompagner cette lecture de quelques-uns de ses plus beaux titres — Fly Me to the Moon, Strangers in the Night, New York, New York — en dégustant un bon whisky (avec modération, bien sûr), la boisson préférée de ce chanteur aux yeux d’azur qui fit chavirer tant de cœurs.

