François Rivière dévoile les mystères de Conan Doyle

C’est avec grand plaisir que je reçois aujourd’hui François Rivière, romancier, traducteur et scénariste de bande dessinée, à qui l’on doit notamment les séries Victor Sackville et Albany en collaboration avec Floc’h. Il est aussi biographe et essayiste reconnu.

Aujourd’hui il sort sa première biographie de Sir Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes aux éditions Tallandier

Arthur : « Vous avez écrit des biographies sur Agatha Christie, E.P Jacobs et Hergé… 

Pourquoi avez-vous choisi de vous intéresser à la vie et à l’œuvre d’Arthur Conan Doyle ? »

François Rivière m’explique qu’il n’existe pas de biographies françaises sur Conan Doyle mais que beaucoup de livres ont été écris sur le personnage de Sherlock Holmes.

  • Comment avez-vous découvert l’œuvre de Conan Doyle ? 
  • « Par Sherlock Holmes. J’ai toujours voulu savoir ce qu’il y avait derrière un personnage de fiction et connaitre la vie du créateur…
  • En Angleterre Conan Doyle est l’un des plus grands romanciers d’aventure de la fin du 19ème et du milieu du 20ème siècle. Il est l’auteur le plus demandé en Angleterre dans les bibliothèques de prêt. Son écriture est très lisible, voire extrêmement envoûtante. »

François Rivière continue : « J’ai attendu longtemps pour écrire sur Conan Doyle mais j’ai toujours été extrêmement surpris de voir qu’à part une thèse française écrite en 1964, un travail universitaire, qui est à la fois une biographie mais surtout une analyse de l’œuvre, … on n’a pas vraiment écrit sur lui, sauf des traductions de biographies anglaises ou américaines… »  

« Pour moi, c’était absolument important d’essayer de comprendre ce qu’avait été ce personnage ».

Entre autres parce qu’il y a eu une sorte de combat entre l’écrivain et le personnage de Sherlock Holmes, rajoute François Rivière. 

Le biographe continue « Il y a eu une espèce de duel entre les deux », le créateur et la créature jusqu’au moment où Conan Doyle a accepté de considérer que Sherlock Holmes était très apprécié et qu’il assurerait sa postérité.

François Rivière explique que Sherlock Holmes a donné de l’importance à son auteur ce qui lui a permis de se multiplier dans d’autres domaines littéraires à la fin de sa vie en science-fiction, fantasy. Lui qu’il avait été à l’adolescence un lecteur de Jules Verne, puis un confrère de H.G.Wells (ils sont contemporains) avait envie de se détacher de la littérature policière.

Par les influences d’auteurs comme Edgar Allan Poe, auteur fantastique américain, de Émile Gaboriau, écrivain français considéré comme le père de la littérature policière, poussé par le vent d’une littérature d’aventure, on comprend que Conan Doyle n’est pas arrivé par hasard et sans bagage pour créer, dit François Rivière : « un personnage unique qui deux siècles après continue de fasciner et de générer des films et des séries télévisuels ».   

Qu’est-ce qui vous plaît en particulier chez cet auteur ? 

– « Son style, son écriture. Je préfère dire écriture que style ». Le biographe continue en disant que Conan Doyle ne s’est pas pris pour un grand styliste. « J’ai traduit un livre de lui sur Stevenson, (…) qu’il reproche d’être un peu trop styliste ». 

Conan Doyle avait « une écriture très simple, très linéaire et pas du tout emphatique, (…) d’envoutant » qui plait beaucoup à François Rivière. C’est une lecture « confortable ».

Il y a aussi chez Conan Doyle cette manière de créer une ambiance comme dans « Le chien des Baskerville ».  A partir d’une légende qu’on lui a raconté, « il en a fait une espèce de joyaux du surnaturel ». 

François Rivière explique que comme dans les autres livres de SH, l’auteur part du mystérieux, du fantastique et son personnage aidé du narrateur, le docteur Watson qui glorifie le héros, finit par trouver la résolution de l’énigme de façon très rationnelle. 

Il rajoute que l’idée de faire des nouvelles qui paraissent dans les magazines sera une vraie idée éditoriale qui fera le succès de Sherlock Holmes et de son auteur, car à l’inverse des romans à épisodes, la nouvelle peut se lire en une fois. (Intrigue, dénouement). 

Quels sont les trois mots pour qualifier Arthur Conan Doyle selon vous ?

François Rivière nous parle des influences de romanciers comme Walter Scott qui a permis à Conan Doyle de créer un style un peu envoutant. 

D’après le biographe, c’est la manière de créer le mystère et de le dévoiler progressivement, de manière subtile qui accroche le lecteur, ainsi que la lisibilité de son écriture qui permet de lire cet auteur encore aujourd’hui. 

C’est un auteur qui a assimilé différents genres et les a modernisés en créant quelque chose d’original.

Conan Doyle a écrit sur de nombreux sujets comme les dinosaures, le moyen âge, le spiritisme comment il a trouvé l’énergie d’écrire ? 

François Rivière nous explique que l’auteur de Sherlock Holmes a commencé de façon très classique à lire ; sa mère lui lisait des livres, il a dévoré les romans d’auteurs comme Jules Verne, à son adolescence, Walter Scott, inventeur du roman historique.

Qu’il a commencé à écrire de façon très naturelle ; sa perspective n’était pas d’être écrivain à ce moment-là. Il a fait des études de médecine et a eu un modeste cabinet mais cette passion d’écrire est venue par pallier, il écrivait tout en pratiquant son métier et vendait des histoires courtes dans des magazines. 

Puis il a commencé à écrire un premier roman historique car il voulait écrire des romans historiques, influencé par Walter Scott. Son tout premier roman, inachevé, a d’ailleurs été retrouvé récemment. 

Il est entré dans le champ des écrivains prometteurs, remarqué par la critique avec ses premiers livres historiques mais ce sont les romans de Sherlock Holmes qui lui ont apporté la reconnaissance.   

Comment se passait une journée type de l’auteur hors voyage ?

François Rivière me dit que Conan Doyle avait une vie sociale très importante, il voyageait pour son travail et ses loisirs et il arrivait à écrire n’importe où.

Il a travaillé en Afrique en tant que médecin, il a été influencé par ses voyages.  

A cette époque tous les écrivains écrivaient des chroniques, envoyaient des textes d’humeur aux journaux. 

Vous avez écrit plusieurs ouvrages sur Agatha Christie, Conan Doyle a enquêté lors de sa disparation et ce sont tous deux de grands voyageurs.  Pensez-vous qu’ils se sont rencontrés ?

François Rivière dit qu’il n’y pas de traces d’une rencontre entre les deux personnages. Alors que cela aurait pu se produire. 

Agatha Christie a lu durant son adolescence les œuvres de Conan Doyle. On peut voir des premières phrases d’Agatha Christie paraphrasant des phrases tirées des romans de Sherlock Holmes. Il a eu une rencontre mais littéraire, une influence.

Elle situe son personnage d’Hercule Poirot comme l’exact opposé de Sherlock Holmes.

Quel est le roman que vous considérez vous comme un chef-d’œuvre et que personne ne cite ?

François Rivière répond que « Le monde perdu » est un livre étonnant qui a marqué beaucoup de gens dans le domaine imaginaire de la science-fiction, de l’aventure et de la bande dessinée. 

Un film a été fait peu après sa publication avec des premiers effets spéciaux très rudimentaires qui ont marqué les gens à l’époque avec des combats de dinosaures en pâte à modeler. « Il y dans ce livre le personnage du professeur Challenger qui atteint une dimension très intéressante ».  

Certaines nouvelles aussi parce que CD était quelqu’un qui était très doué dans les romans courts. « On comprend avec « Le Chien des Baskerville » que l’auteur était quelqu’un qui a su assimiler toutes les influences ».  

Quelle est l’adaptation de l’œuvre de Conan Doyle la mieux réussie selon vous à la télévision et au cinéma ?

Il existe tellement d’adaptations au cinéma. François Rivière aime beaucoup la première adaptation du roman « Le Chien des Baskerville » qu’il cite dans son ouvrage parce qu’il y a une ambiance, et que cette lande de Dartmoor est concrétisée de façon magnifique en studio en noir et blanc. (Terence Fisher, 1958).

Il y a un pastiche de la vie privée de Sherlock Holmes qu’il trouve très réussi tourné par Billy Wilder. Il apprécie la série avec Jeremy Brett, qu’il compare à David Suchet pour Hercule Poirot. La série en rajoute un peu dans le coté fantastique et gothique. 

Il apprécie enfin également la série avec Benedict Cumberbatch ou la série où Watson est joué par une femme.  

En revanche, il n’aime pas l’adaptation de Guy Ritchie avec Robert Downey Junior.

« La télévision a fait mieux que le cinéma peut être justement parce que, à l’origine, ce qui était le plus réussi, ce n’était pas les romans, c’était les nouvelles, … donc au fond la série télé peut donner quelque chose de très bien. »

Quel est le roman de Conan Doyle que vous aimeriez adapter au cinéma ou en bande dessinée ?  

François Rivière répond : 

« Le monde perdu » que j’adore mais cela a déjà été fait au cinéma et en bande dessinée par Edgar P Jacob. 

Ou bien des nouvelles avec le professeur Challenger (du roman « Le Monde perdu ») ou peut- être dans les nouvelles, « certaines sont absolument magnifiques inspirées par le roman gothique ». 

Le mot de la fin ?

François Rivière voudrait que Conan Doyle continue à être lu comme il l’est. 

Mais il précise qu’« Il est un des écrivains les plus lus dans le monde » et qu’il est lu très tôt. 

 « Je crois que si c’est une lecture d’enfance, c’est plutôt bon signe. »

Je tiens à remercier Monsieur François Rivière, qui a eu la gentillesse de répondre à mes questions et qui a pris du temps pour moi, ainsi que les Éditions Tallandier qui m’ont permis de le rencontrer.

Pour en savoir plus :

Je vous conseille de lire :

La biographie que vient d’écrire, François Rivière : Arthur Conan Doyle L’histoire extraordinaire du créateur de Sherlock Holmes aux éditions Tallandier : https://www.tallandier.com/livre/arthur-conan-doyle/

Les oeuvres qu’a écrit Arthur Conan Doyle


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