Pauline Courtin, soprano lumineuse entre passion et transmission

Pauline Courtin, soprano à l’énergie rayonnante, illumine actuellement la scène du Théâtre de Poche-Montparnasse à Paris. 

Aux côtés de Christophe Barbier, elle y présente Choses vues et chantées, une création poétique inspirée de l’œuvre de Victor Hugo. 

Après ce premier succès, l’aventure continue : dès le 8 novembre, le duo revient avec Offenbach et les trois empereurs, toujours accompagné au piano par Vadim Sher, au Théâtre de Poche-Montparnasse. 

Un rendez-vous à découvrir chaque vendredi et samedi à 19h, et le dimanche à 15h — une reprise qui s’annonce haute en couleurs.

Qu’est-ce qui vous a amenée à devenir soprano ?

Mon parcours est un peu particulier, car jusqu’à mes 18 ans, je n’avais jamais fait de musique. Un dimanche après-midi, je passe devant la télévision et tombe sur une émission de Jacques Martin. J’y entends une voix extraordinaire : très aiguë, lumineuse d’une agilité fascinante. À l’écran, une jeune femme magnifique chante — c’était Sumi Jo, la première grande diva asiatique, originaire de Corée du Sud. J’ai immédiatement eu un véritable coup de cœur pour sa voix.

Deux semaines plus tard, par un incroyable hasard, je la croise à l’hôpital d’Aix. Je lui exprime toute mon admiration, et elle m’invite à venir l’écouter en répétition. Elle préparait alors le rôle de la Comtesse Adèle dans le Comte Ory de Rossini, pour le Festival International d’art lyrique d’Aix-en-Provence. Ce fut une révélation.

Sumi Jo

Était-ce déjà un rêve d’enfant ?

Ce n’était pas un rêve d’enfance, mais en assistant à la générale du spectacle, j’ai découvert un art total, qui réunit le chant, le théâtre, la danse, la musique, le maquillage et les costumes… Tout cela m’a profondément bouleversée. 

Avez-vous pu réaliser tous vos rêves artistiques jusqu’à présent ?

Je crois qu’un artiste n’a jamais vraiment fini de rêver… J’ai eu la chance d’accomplir beaucoup de choses : chanter sur de grandes scènes, collaborer avec des chefs et des metteurs en scène prestigieux, créer mes propres spectacles… C’est déjà immense. J’aimerais poursuivre dans cette voie qui mêle théâtre, littérature et musique, tout en revenant régulièrement à l’opéra, qui reste mon ancrage. 

Et puis certains rêves arrivent sans qu’on les ait prévus comme l’an dernier, où j’ai eu l’honneur de chanter aux côtés de Plácido Domingo dans Macbeth à la Salle Gaveau, ou encore celui, plus intime, de créer avec mon mari et de partager la scène avec autant d’émotion… et que cela fonctionne.

Vous jouez actuellement au Théâtre de Poche avec votre mari, Christophe Barbier : est-ce plus difficile ou au contraire plus enrichissant de partager la scène en couple ?

C’est une expérience vraiment incroyable, car nous avons la chance de créer et de jouer ensemble, dans une vraie complicité artistique. C’est à la fois un travail et une aventure intime sous le regard du public. C’est un immense bonheur : nous nous connaissons parfaitement, nous écrivons nos spectacles ensemble, nous choisissons les thèmes à deux, et nous savons exactement ce que nous voulons faire. Et surtout, nous avons la liberté de les réaliser comme et où nous le souhaitons. 

Comment parvenez-vous à mémoriser un rôle de théâtre et des partitions musicales sans rien oublier ?

C’est un apprentissage de longue haleine, commencé dès le Conservatoire, il y a plus de 25 ans. La musique aide énormément : elle structure la mémoire. Curieusement, c’est parfois plus difficile avec un texte parlé qu’avec une partition chantée ! Mais comme c’est une passion, cela devient naturel.

Quels sont vos modèles ou sources d’inspiration dans ce milieu ? Avez-vous eu l’occasion de les rencontrer ou de collaborer avec eux ?

J’ai eu la chance d’avoir comme enseignante Mady Mesplé dont j’étais particulièrement fan quand j’étais jeune. J’admirais énormément sa Lakmé, que j’écoutais en boucle dans un enregistrement dirigé par Alain Lombard. Notre rencontre, alors que j’étais stagiaire au CNIPAL de Marseille a été déterminante. Elle est devenue mon mentor et m’a guidée avec exigence et bienveillance, dans la préparation de chacun de mes rôles. Elle est malheureusement décédée en 2020, mais j’ai toujours l’impression qu’elle veille sur moi. 

Mady Mesplet

Comment abordez-vous un nouveau rôle lorsque vous commencez à le travailler ?

À l’opéra, tout part de la partition : je commence par la musique, puis j’entre dans la psychologie du personnage. J’aime comprendre l’époque, les intentions du compositeur, puis m’inspirer de grandes interprétations sans jamais les copier.
Pour nos créations avec Christophe, c’est différent : tout part d’une idée, d’un texte, d’un lien entre littérature et musique. Là, la liberté est totale

Ressentez-vous du trac avant chaque représentation ?

Évidemment, il y a toujours une part de trac. Même après un travail intense, on ne sait jamais vraiment ce que le public en pensera, et l’on espère toujours être à la hauteur de la performance. Mais il reste malgré tout une part d’aléa. 

Si oui, quelles sont vos méthodes ou rituels pour le surmonter ?

J’ai pris l’habitude de faire une petite sieste avant d’entrer en scène, car j’ai besoin de calme et de me recentrer sur moi-même. Ensuite, je rejoins tranquillement le théâtre, je salue mes partenaires, je les prends dans mes bras, parfois avec un petit mot. Cela suffit à instaurer une atmosphère de confiance mais aussi d’écoute mutuelle. 

Comment réussissez-vous à passer d’un rôle à l’autre tout en restant pleinement investie ?

À l’opéra, nous avons en général trois semaines de répétition avec le metteur en scène, le chef et les autres chanteurs. Ce temps est précieux, il permet d’habiter progressivement le rôle, de le nourrir, de le comprendre en profondeur, d’entrer dans l’énergie propre à chaque personnage. Ensuite, il faut savoir se détacher pour laisser la place au suivant. D’un point de vue vocal, changer de rôle est aussi très sain : chaque répertoire sollicite des qualités différentes et permet de garder la voix souple et vivante. C’est ce renouvellement constant qui entretient la passion et l’équilibre.

Y a-t-il un rôle que vous rêveriez d’interpréter et que vous n’avez pas encore eu l’occasion de jouer ?

Oui, sans hésiter : Blanche dans Dialogues des Carmélites. J’ai déjà eu la chance de chanter Sœur Constance, qui est lumineuse, spontanée mais aujourd’hui ma voix a mûri, et je me sens plus proche de Blanche. Ce personnage me touche profondément. Et au-delà du chant, c’est un rôle très théâtral, d’une grande intensité dramatique, où chaque mot, chaque silence compte.

Une anecdote de scène ou de coulisses qui vous a marquée et que vous aimeriez partager ?

Une anecdote très révélatrice de la vie des mamans artistes : quand ma fille aînée était petite, elle m’accompagnait sur la plupart de mes tournées et passait le temps en coulisses avec moi, souvent dans ma loge. Pendant que j’étais sur scène, une maquilleuse ou une coiffeuse acceptait toujours, avec une grande bienveillance, de veiller sur elle.
Un soir, alors que je chantais Micaëla dans Carmen à l’Opéra de Versailles, quelques minutes avant mon air, elle s’est sentie mal…et a vomi ! En costume, j’ai dû nettoyer le couloir en vitesse, puis je suis montée sur scène comme si de rien n’était. 
C’est tout l’art de concilier la scène et la maternité : rester concentrée malgré les imprévus, donner le meilleur de soi tout en gardant un œil sur l’essentiel.

Justement, quels sont vos prochains projets ?

Prochainement, je chanterai en récital à l’Opéra de Marseille, puis dans La Vie parisienne au Festival d’Aix-les Bains et j’interpréterai le rôle de Gilda dans Rigoletto dans le cadre des Estivales lyriques de Wissant. Avec Christophe, nous espérons également créer un spectacle autour de Sacha Guitry et Yvonne Printemps, un couple mythique et inspirant. 

Quel serait votre mot de la fin pour vos spectateurs ?

Aujourd’hui, j’espère amener un large public vers la musique classique et l’opéra. Avec mon époux, nous créons des formes de spectacles qui visent à partager cet art autrement, de manière vivante et accessible, à le démocratiser. J’aimerais que de nombreux spectateurs, jeunes comme vous, Arthur, puissent assister à un maximum de représentations, découvrir la musique classique, et ressentir, à leur tour, l’émotion profonde que j’ai eue à 18 ans en découvrant cet univers.

Je remercie chaleureusement Madame Pauline Courtin pour sa disponibilité et pour la gentillesse avec laquelle elle a répondu à mes questions.


Pour la retrouver sur scène, rendez-vous au Théâtre de Poche-Montparnasse, où elle partage actuellement l’affiche avec Christophe Barbier dans Choses vues et chantées, accompagnés au piano par Vadim Sher.


Publié

dans

par

Étiquettes :